juil. 2009

Fraude et e-commerce : données 2008

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La dématérialisation des transactions marchandes sur Internet permet de nombreux types de fraude: scam ou fraude 4-1-9, fraude au clic, usurpation d’identité, détournement de comptes clients par phishing, etc (1)... L’absence, dans la plupart des transactions courantes de type B2C, d’infrastructure d’authentification autorise les fraudeurs à tromper la vigilance des e-marchands. La sécurisation des transactions et des paiements constitue donc un enjeu de taille pour les acteurs du commerce électronique (2) (voir le chapitre 4: Choix d'une infrastructure de commerce électronique).

Il est cependant difficile de se faire une idée précise de l’ampleur du phénomène tant, d’un côté les médias donnent une importance parfois exagérée au sujet, tant, de l’autre côté, les organismes bancaires et marchands répugnent à communiquer sur le sujet. D’autre part, les moyens de paiements électroniques comme Click and Buy, Paypal ou Alipay ne sont pas inclus dans ces études. Or, dans certaines régions, en Chine particulièrement, le principal moyen de paiement en ligne n’est pas la carte bancaire mais des moyens comme Alipay. En outre, mesurer la fraude est complexe car il existe des délais de latence entre la réalisation de la fraude, sa découverte, et sa déclaration, comme le note le rapport 2008 de Fia-Net.

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Plusieurs organismes, dans différents pays, apportent toutefois des données sur ce phénomène. L'Observatoire de la sécurité des cartes de paiement en France et en Grande-Bretagne Card Watch. Aux Etats-Unis existe le « Computer Crime & Intellectual Property » US Department of Justice qui ne produit pas de rapports sur la question. Le groupement Merchant Risk Council réalise, quant un lui, un rapport annuel sur la base d’un échantillon de ses membres (représentant environ 1/3 des ventes en ligne B2C aux U.S.A.). Selon, cette association, la fraude en ligne représente un montant de 4 milliards de $ en 2008 représentant une perte de 1,4% du chiffre d’affaires total (contre 3,6% en 2000).

En France, l’Observatoire de la sécurité des cartes de paiement, publie chaque année un rapport qui inclut les données concernant le commerce électronique grâce à un partenariat avec la FEVAD qui s’appuie sur un échantillon de 33 entreprises de vente à distance représentant 38% du chiffre d’affaires des adhérents de la FEVAD (3) (voir l’article concernant les données sur la sécurité des paiements en 2007).
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Le taux de fraude à la carte bancaire reste à un niveau très faible en France en 2008: 0,069% contre 0,062% en 2007. Il s’agit là du pourcentage de transactions frauduleuses et non du montant de la fraude. Celui-ci représente 320,2 millions d’euros en évolution de 19% par rapport à 2007 (le montant total des transactions par carte bancaire en 2008 s’élève à 464,1 milliards d’euros). La fraude progresse plus rapidement que le volume des transactions (+7,7%). Cette hausse est imputable aux transactions internationales, et plus particulièrement aux paiements effectués avec une carte d’origine française à l’étranger (0,594% soit 118, 3 millions € ).

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En France, le taux de fraude sur les achats en ligne diminue en 2008 à 0,235% contre 0,281% en 2007. En revanche, le montant de la fraude augmente à 38,8 millions € contre 26,4 millions € en 2007 (cf. figure 1 ci-dessous). Le taux de fraude sur Internet reste très élevé par rapport aux transactions physiques: le taux est 6,5 fois plus élevé que le taux global (0,235% contre 0,036%).

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source : Rapport Annuel 2008, Observatoire de la sécurité des paiements, Banque de France

L’observatoire de la sécurité des paiements note (p. 22) : « L’observation comparée des évolutions pour les paiements par courrier / téléphone et sur Internet montre une inversion de tendance entre ces deux canaux. La fraude augmente plus fortement pour les paiements sur Internet que pour ceux effectués par courrier ou téléphone (+ 47,0 % contre + 19,7 %), mais le taux de fraude enregistré pour les transactions par courrier / téléphone devient supérieur compte tenu de la nette baisse du montant de ces transactions (-14,0 %). La croissance du montant des paiements sur Internet étant supérieure à celle de la fraude, le taux de fraude des transactions sur Internet diminue à 0,235 % (contre 0,281 % en 2007). »

Tout comme les années précédentes, le paiement sur Internet à l’étranger s’avère toujours aussi risqué puisque le taux de fraude est 7,74 fois plus élevé que le taux de fraude en France : 1,815% contre 0,235% ! (cf. graphique ci-dessous).

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source : Rapport Annuel 2008, Observatoire de la sécurité des paiements, Banque de France

Cette année, l’Observatoire s’est penché en détail sur la fraude dans le secteur de la vente à distance et apporte certains éclairages sur les secteurs les plus exposés et les taux de fraude par catégorie de produits, comme l’illustrent les deux graphiques suivants:

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source : Rapport Annuel 2008, Observatoire de la sécurité des paiements, Banque de France

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source : Rapport Annuel 2008, Observatoire de la sécurité des paiements, Banque de France

En France, la société Fia.Net, spécialisée dans la détection de la fraude et l’assurance des transactions, publie depuis plusieurs années un livre blanc sur le phénomène, offrant une des rares sources de données décrivant le phénomène à partir d’un échantillon stable de sites marchands. L’échantillon d’environ 900 sites pour 1,66 milliard € est assez représentatif des différentes catégories de produits les plus représentées sur le canal électronique (cf. p.7 du rapport annuel 2008). Les données du rapport 2008 portent sur les données 2007 et s’avèrent quelque peu différentes des seules données concernant les cartes bancaires:

En 2007, le taux de fraudes recensées sur les sites suivis atteint 2,63 % du chiffre d’affaires. Le taux moyen annuel d’impayés (c’est-à-dire les tentatives fructueuses) atteint une moyenne de 0,16 % en 2007. Ceci prouve l’efficacité des sites dans la lutte contre la fraude : pour un euro de fraude subi, ce sont 15 euros de pertes suite à tentatives de fraude déjouées (2,63 % de tentatives comparé à 0,16 % d’impayés) qui sont évités.

Selon ces données, le taux de fraude décroît régulièrement depuis 2002 (cf. graphique ci-dessous):

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source: FIA-net, Livre Blanc 2008, « La fraude à la carte bancaire sur Internet », Juin, 2008.

Cette baisse peut s’expliquer par une prise de conscience des sites marchands et le développement d’outils et de méthodes spécifiques pour lutter contre la fraude. Le schéma ci-dessous fournit le cadre global de la lutte contre la fraude.

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source: FIA-net, Livre Blanc 2008, « La fraude à la carte bancaire sur Internet », Juin, 2008.

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source: FIA-net, Livre Blanc 2008, « La fraude à la carte bancaire sur Internet », Juin, 2008.



Il n’en demeure pas moins que, tant que les sites n’utiliserons pas des méthodes d’authentification des acheteurs, la fraude continuera d’exister dans le commerce électronique tout comme elle existe en magasin. A cet égard le développement de méthode de paiement recourant à de l’authentification comme le mécanisme 3D Secure permet d’envisager une baisse progressive de la fraude à la carte



(1) pour une définition des différents types de fraude à la carte bancaire, voir l’annexe D du rapport annuel 2008 de l’Observatoire de la sécurité des cartes de paiement.
(2) « Tous systèmes confondus, la répartition du préjudice pour les transactions nationales en 2008 est la suivante : 2,6 % sont supportés par les porteurs, 43,9 % sont supportés par les établissements émetteurs et acquéreurs et 53,5 % sont supportés par les commerçants, principalement en vente à distance. La part supportée par les commerçants, qui était de 46 % en 2007, augmente de façon significative du fait de la croissance de la fraude sur les paiements à distance, qui est très majoritairement supportée par les commerçants », p. 21, Rapport 2008, Observatoire de la sécurité des cartes de paiement
(3) p. 17 rapport 2008. Par conséquent, les données doivent être prises avec réserve, d’une part, parce que la tendance à minimiser le phénomène existe du côté des marchands, et d’autre part parce que les chiffres concernent la vente à distance dans son ensemble et pas uniquement le commerce électronique.



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Où en est le e-commerce aux U.SA.?

Où en est le commerce électronique aux U.S.A ? Ce billet tente de répondre à cette question plus complexe qu’il n’y paraît. Il dresse un panaroma chiffré le plus exhaustif possible sur la situation réelle du commerce électronique aux U.S.A.

Le commerce électronique B2C

Pays pionnier dans le commerce électronique sur Internet, les Etats-Unis restent le premier pays par le volume des transactions réalisées en ligne dans le commerce de détail (B2C). Cependant, la mesure du commerce électronique et l’appréhension de sa réalité demeurent un exercice très délicat tant les données consolidées fiables existent peu, même aux Etats-Unis (*) (voir chapitre 1 de l’ouvrage).

Selon les statistiques officielles, le montant des achats de détail effectués en ligne aux U.S.A. s’élève pour l’année 2007 à 126,697 milliards de dollars. Ces statistiques incluent aussi bien le chiffre d’affaires des pure-players, brick-and-mortars, que des vépécistes traditionnels. Par conséquent, elles ne reflètent pas réellement le commerce électronique. Il faut également prendre conscience que ces données n’incluent pas le commerce C2C (consumer-to-consumer), alors même qu’il s’agit d’un segment du commerce électronique qui a connu une très forte progression avec des succès comme eBay.com. A titre d’exemple, le montant des transactions sur eBay pour 2008 s’élève à 59,65 milliards de $, générant un revenu de 8,51 milliards de $ pour l’entreprise. D’autres plate-formes de C2C génèrent également un volume d’affaires qu’aucune étude n’a jamais estimé aux U.S.A où ailleurs.

Par conséquent, on ne dispose pour les U.S.A. que de chiffres partiels (n’incluant pas le C2C) et surestimés (incluant la VPC traditionnelle).

Malgré une progression constante des transactions en ligne, le commerce électronique ne représente encore que 3,2% du commerce détail aux U.S.A. en 2007 (voir le graphique 1). Cette progression réside historiquement dans un fort équipement des ménages en ordinateur, mais aussi sur le fait que les ventes en ligne ne sont pas taxées comme les ventes physiques, ce qui a beaucoup favorisé l’essor de ce canal. Il semble que cet avantage soit remis en question (cf. article du Journal du Net d’avril 2009). Avec la crise, les états cherchent des ressources fiscales et nombreux sont ceux qui ont des projets de taxation des ventes en ligne, comme la Caroline du Nord ou la Californie (cf. article Journal du Net juillet 2009). L’état de New York taxe d’ores et déjà les ventes en ligne. Amazon et eBay tentent de s’opposer à ce changement de législation qui amoindrit l’intérêt du canal et pénalise davantage les pure-players que les brick-and-mortars. (voir les articles du Journal du Net du 24 juin 2009 et du 30 juin 2009)

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Graphique 1: part du e-commerce dans le commerce de détail (Source : Census Bureau)


Il existe bien d’autres sources de données sur le commerce électronique que les statistiques officielles. L’une d’entre elles - Internet Retailer Top 500 Guide- offre une bonne estimation du marché dans la mesure où cette société collecte année après année auprès des entreprises les données nécessaires à la réalisation de son guide annuelle des 500 premiers sites de commerce électronique américains. Cette série offre donc un panorama assez complet des acteurs majeurs du commerce électronique aux U.S.A (hors C2C).
Les estimations de cette société diffèrent quelque peu des données officielles du Department of Commerce. Internet Retailer estime les ventes en ligne totales aux USA à 178,18 milliards de $ en 2008. IR ajoute à son Top 500 - 115 milliards $- les ventes d’eBay estimés selon eux à 21,6 milliards, auxquelles il rajoute, les ventes des autres sites marchands qui ne sont pas inclus dans son panel, soit 40,7 milliards $, soit un total de 178,18 milliards $.

Premier élément important que nous apprend Internet Retailer « Top 500 2009 », c’est le fait que le marché des 500 premiers vendeurs en ligne représente la quasi totalité du commerce électronique américain (91%) selon les statistiques du Census Bureau !
Deuxième information, les pure-players ne représentent que 31,8% des ventes en ligne du Top 500, les distributeurs physiques représentant près de 40% des ventes (cf. graphique 2).
Troisième information, les vépécistes représentent 17% du commerce électronique. On a donc ainsi une approximation de la surestimation du marché du e-commerce dans les statistiques officielles, soit environ 15% (91% x 17%).

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Graphique 2: répartition des vendeurs en fonction de leur nature (source:Internet Retailer)


Les données d’Internet Retailer montrent également une domination des généralistes (mass merchant) en termes de chiffres d’affaires: il ne représentent que 6,4% des vendeurs mais réalisent 30,7% des ventes totales (cf. graphique 3). C’est une confirmation que le commerce électronique est d’abord un relatif succès pour les distributeurs généralistes traditionnels aux U.S.A.

Dans les dix premiers du classement, on retrouve cinq distributeurs physiques classiques: Staples (n°2), Office Depot (n°4), OfficeMax (n°6), Sears (n°7), Best Buy (n°10) ! Il n’y a que deux pure-players dans le Top 10 : Amazon (n°1), Newegg (n°9) ! Les autres places sont occupées par Dell (n°3), Apple (n°5) et un vépéciste CDW (n°8). Il n’y a que 21 pure players dans le TOP 100 !

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Graphique 3 : les catégories de ventes en nombre de vendeurs et en chiffre d’affaires (source:Internet Retailer)

L’image du commerce électronique est donc loin de celle que l’on a construite en Europe où la fascination pour Amazon et eBay a masqué une réalité plus prosaïque: le commerce électronique est essentiellement le fait des réseaux traditionnels de distribution et des vépécistes historiques (57% des ventes). Les nouveaux acteurs sont finalement peu nombreux à s‘être imposés comme une alternative à la distribution classique.

Le commerce électronique B2B

En ce qui concerne les échanges entre entreprises (B2B), la part du commerce électronique est bien plus importante, puisqu’elle s’élève à 35% dans l’industrie, 21% chez les grossistes, mais seulement 1,8% dans les services. Il est à noter que les échanges en B2B sont encore très largement réalisés par E.D.I (2) et non par Internet (voir chapitre 4). Il est important de noter que, dans l’industrie, six branches réalisent 70% des transactions électroniques (matériel de transport, produits chimiques, produits alimentaires, pétrole et charbon, ordinateurs et équipements électroniques, machines-outils).

Par conséquent, il faut encore une fois être prudent sur l’interprétation des statistiques et bien analyser ce qu’elles incluent ou non. Il est donc très difficile se faire une idée précise de ce que le commerce électronique recouvre comme réalité aux U.S.A. Il en va malheureusement de même en France où les données et séries statistiques fiables font également cruellement défaut.

(*) les données statistiques officielles incluent les ventes par catalogue (« mail order & catalog » ), autrement dit la VPC traditionnelle. On a donc plutôt des données de vente à distance, que de réelles données sur le commerce électronique.
(1) Les séries statistiques du
Census Bureau concernant le commerce électronique font actuellement l’objet d’un retraitement complet sur la période 1999-2007; voir les redressements effectués sur la page suivante : http://www.census.gov/retail/mrts/www/ecombench.html
(2) voir les données détaillées sur la part de l’EDI disponibles à l’url suivante :
http://www.census.gov/eos/www/2007/table3.xls



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